Le JDR, les trente ans et ta mère

Publié le par Elwin

Salut à vous,

cher(e)s et rares lecteurs!

Aujourd'hui une petite note qui inaugure une nouvelle catégorie consacrée à tout ce qui ne concerne pas Hunahpu  et la méso-amérique. Cette catégorie est bien partie pour enfler au fur et à mesure, voire même à se diviser en plusieurs sous-sections si le temps lui donne raison.

L'objet du crime : le JDR.

Plus  le temps passe, et  moins  je suis motivé par le JDR, et pourtant Dieu sait qu'il a tenu une place importante dans ma vie.  Les raisons de ce doute sont sans doute loin de m'être propre, aussi je me permets de vous les exposer : peut être y retrouverez-vous des éléments qui vous concernent également, où aurez-vous des réponses à m'apporter.

Pour  décrire un peu plus avant le problème, je dirais que je ne joue plus, que j'écris beaucoup moins, et que la perspective de m'engager dans de nouveaux projets devient plus angoissante qu'excitante. L'actu ne m'intéresse plus vraiment. En bref, la débandade.

Pourquoi?

Une analyse rapide et les éléments de réponse viennent en nombre:
  • Ces cinq dernières années j'ai habité dans six villes différentes pour mes études puis mon travail. Impossible de conserver longtemps un groupe de jeu longtemps comme ça. A moins de jouer dans des clubs, mais pour moi le JDR se pratique d'abord avec ses proches, et pas avec des inconnus. Hélas, le nomadisme croissant de notre société en pousse beaucoup dans cette direction.
  • Parmi mes anciens joueurs, de moins en moins sont motivés (pour les mêmes raisons), et j'ai horreur de pousser les gens à jouer: s'ils n'ont pas envie, la partie ne sera de toute façon pas réussie.
  • On grandit, et notre temps est de plus en plus limité: le boulot, les enfants,les amis plus distants; tout ça ne facilite pas la gestion d'une activité qui prend tout son sel en campagne.
  • On grandit, et on a des soucis! Fini l'insouciance (relative) de la jeunesse, maintenant faut trouver de la thune, faut être au top au boulot, s'occuper des proches qui nous reste... c'est aussi le temps de construire, et ces nouveaux projets deviennent des rêves beaucoup plus réels que ceux de nos bonnes vieilles parties.
  • Le travail sur le JDR me paraissait avant être une source d'évolution vers le monde professionnel (sans espérer gagner vraiment d'argent avec, bien sûr...) et ainsi vers un certain épanouissement personnel. Le désillusion a été assez brutale. Le travail important fourni sur ApoKryph n'a toujours rien donné, Etherne a eu de bonnes ventes mais n'existe que si une actu constante est fournie, les retours sont rares, parfois les forums de JDR sont une ôde au néant et aux mesquineries (j'en suis aussi coupable). Bref, l'usine à gaz tourne à plein. Tant et si bien qu'a l'annonce de tout nouveau projet je pense aussitôt à la masse de travail, aux chamailleries à venir dans l'équipe, et au vide qui suivra la sortie du livre de base, si tant est que le projet parvienne jusque là.
Avec un bilan aussi horrible, il devrait y avoir longtemps que j'aurais du abandonner.

Mais...
Mais le jeu de rôle a été un si fidèle compagnon, m'a donné tellement de bons moments, a permis d'entretenir des amitiés si précieuses, qu'il n'est guère envisageable de s'en débarasser par un simple mouvement d'humeur ou un petit coup de pompe.
Pire encore, je suis viscéralement joueur et rêveur: là tout de suite ça devient du sérieux!
J'en suis donc à la phase d'adaptation : je cherches désormais des jeux qui me permettent de jouer selon ces nouveaux critères. Un temps plus court, un nombre de joueurs réduits, une préparation moins longue ou plus souple.
ça n'est d'ailleurs pas sans rappeler, à une échelle plus grande, la crise qu'a connu le wargame dans les années 90. Les monster games tels World In Flame, ou même des jeux plus simples mais chronophages, comme la série Cry Havoc, ont perdu une large partie de leur public, parti vers des versions vidéos, ou à l'emploi du temps désormais incompatibles avec de telles activités. Résultat, dix ans après les wargames se commandent à de petites boites sur le net, et sont à la fois plus rapides et plus jolis.

C'est sans doute le chemin sur lequel est parti le JDR, et grand bien lui fasse!

En attendant, faute de joueurs, je me tournes plutôt en ce moment vers des loisirs plus souples: jeu de cartes, plateau, et même jeu de figurines. Mes invités n'ont pas besoin de connaître les règles ou d'apporter quoi que ce soit, j'ai tout sur place. Et contrairement à une partie de JDR, une soirée permet de faire plus que le tour d'une taverne.

Evidemment, certaines émotions fortes propres au JDR ne saurait être retrouvé dans ses agréables passe-temps: l'ambiance d'un bon scénar d'angoisse, l'échange brilant d'un joueur avec un PNJ majeur, la tension palpable autour de la table avant un gros coup, le plaisir à faire jouer une culture différente et  voir chacun s'imprégner de nouveaux codes, profondèment immersifs...

C'est bien dans l'attente de ces moments d'exceptions que je continuerai à garder espoir et à écrire, au moins un peu!

En attendant, je profiterai de cette catégorie pour faire part de mes découvertes ludiques dans ces autres territoires du jeu.

E.

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Pandy 12/02/2008 09:45

Courage l'ami, en ce qui me concerne aussi le jdr s'éloigne de mes préoccupations premières. Mais il faut bien déterminer ce que l'on recherche dans le jeu et les moyens disponibles pour le trouver ... laisse toi du temps et prend du recul !!
Que la Force soit avec toi ........

Nonène 04/02/2008 11:04

La roue tourne et je dois avouer que je connais aussi parfois des moments de ras le bol. Mais la passion a toujours repris le dessus. Il suffit parfois de très peu (des joueurs, un peu de temps...)

En tout cas, il ne faut pas tenter de freiner l'évolution dans la passion : on fait ce que l'on veut selon la situation.

Nonène

Elwin 08/02/2008 11:56

Oui, il est vrai que des fois le déclic tient à peu de choses!Le temps fera le tri.E.

Roanne 30/01/2008 22:24

Nous avons tous cette période difficile quand on commence à bosser. Au début ça fait du bien (la paye, l'indépendance, sans avoir de boulot le soir, des exams à préparer) mais ça pompe une énergie folle et d'autres projets viennent remplacer les cours à réviser... Il faut vraiment s'accrocher pour conserver nos passions.
Je ne peux que t'encourager à rester attacher à tes amours premières (les jdr) tout en développant d'autres centres d'intérêts proches afin de pouvoir continuer à te faire plaisir.

Elwin 31/01/2008 09:42

Merci de ce message d'encouragement. :)J'essayes aussi de laisser les choses un peu aller, pour voir ce qui tombe facilement, et ce qui resiste avec pugnacité. ça me permet de faire le tri entre ce que je fais par habitude et ce que j'aimes vraiment. Des fois on se rend compte avec surprise que des choses qui nous semblaient indispensables nous cause en fait plus de soucis qu'autres choses!ça ne s'applique pas forcèment au JDR, mais je crois qu'il y a beaucoup de choses liées dans ces changements, y compris à un point de vue assez personnel. Une fois qu'un peu de temps aura passé j'y verrais sans doute plus clair. :) Et j'essayerai toujours de me ménager, comme tu le dis, des espaces de plaisir. Pourvu que j'en gardes l'envie!E.